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rédigé par Jeanne Albinet

Posté le
Catégorie(s) Média en Seine

Parlez-vous intelligence artificielle dans les rédactions ?

L’intelligence artificielle au service des journalistes : de vrais outils loin des fantasmes

Pas de place ici pour les dystopies futuristes, non, l’intelligence artificielle a bien trop à faire. Véritable outil de travail pour les rédactions, le spectre de ses talents rayonne et s’adapte aux audiences exigeantes et aux journalistes pressés. Jonglant habilement entre infos et datas, elle apparaît au service de l’être humain, comme un précieux allié dans cette bataille général de la reconquête des contenus de qualités.

 

Un rendez-vous attendu

L’intelligence artificielle brillait sur toutes les slides des intervenants, jeudi 22 novembre dernier, lors du festival Média en Seine… En commençant par le siège des Echos, où le directeur du Newslab Google s’était fait porte-parole de ces malins algorithmes en essayant de négocier un traité de paix avec les journalistes inquiets de la salle.  Les débats se sont poursuivis de l’autre côté de la Seine, à la maison de la Radio, pour étudier son identité, questionner son fonctionnement dans les médias, détourer sa légitimité à nous observer et formuler quelques souhaits pour ceux qui fondent en elle de grands projets.

 

L’IA, une menace?

Le terme intelligence artificielle regroupe les nombreuses théories et technologies qui tentent de simuler l’intelligence. Il fait couler beaucoup d’encre car il alimente peurs et fantasmes en forme de robot humanoïde à la conscience surdéveloppée. Mais la réalité est tout autre. En effet, bien plus souvent, ce terme cache des machines et des systèmes qui accomplissent des tâches, parce qu’ils sont programmés pour, ou parce qu’on leur a appris à le faire en collaboration, souvent, avec des humains, on parle alors de cobotion. Et ce qui ressort de ces premiers entretiens au festival Média en Seine, c’est qu’elles sont déjà partout.

 

Bien loin de la fiction, l’intelligence artificielle est présentée ici comme un outil de travail. Mais comment intervient-elle dans les médias de l’information ? Et quelles sont ses applications ? Au cœur du studio 106 débute une conférence animée par Frédéric Filloux, journaliste et professeur à Sciences Po,  intitulée « Parlez-vous intelligence artificielle dans les rédactions ? ».

 

conférence média en scènes
Renée Kaplan, Chris Moran, Antoine Amann et Frédéric Filloux. Media en Seine 2018. Photo Patricia Panzani.

 

1. Une IA qui murmure aux oreilles de l’audience

 

Renée Kaplan, responsable de l’audience au Financial Times, débute par cette question «  L’intelligence artificielle est une chose compliquée, alors, comment faire pour la rendre simple ? ».  Pour expliquer ce qu’elle est, elle commence par expliquer ce qu’elle fait. En effet l’IA est déjà très présente dans les médias même si le grand public n’en a pas toujours conscience. Dans le cas du Financial Times et de la problématique particulière de Mme Kaplan, l’IA est utilisée comme un outil pour comprendre les comportements de l’audience au cours de la journée et du rythme des publications afin de capter au mieux son attention. Par exemple, un système d’analyse des données repère lorsque le nombre de femme naviguant sur le site baisse, les datas sont alors analysées en mettant en parallèle les dernières publications pour comprendre leur impacts et liens de causalité. Cette analyse permet de fabriquer une expérience engageante en laissant l’IA suggérer le parfait contenu tout en tenant compte des habitudes et goûts du lecteur. Pour Renée Kaplan l’utilisation d’un tel outil est justifié par le besoin déontologique des médias de savoir ce qui intéresse ou non leur lecteur, cependant il ne s’agit pas non plus de tout baser en fonction des habitudes des gens car « les médias permettent l’ouverture », il s’agit donc de trouver un juste milieu entre le confort du lecteur et ce qu’il y a autour.

 

2. IA et journalisme, romance sur un nuage de data

Chris Moran, éditeur aux projets stratégiques pour The Guardian poursuit la conférence et présente deux nouvelles applications de l’IA au sein de sa rédaction. La première est une collection de système pensée pour aider les équipes à trouver des sujets intéressants, de nouveaux angles parmi d’énormes data set. En effet les journalistes sont confrontés à de vastes bases de données impliquant un grand nombre de variables laborieuses à démêler. Les programmes interviennent alors pour les étudier, ils identifient et mettent en évidence les anomalies, que les journalistes examinent et approfondissent pour produire du contenu innovant. L’autre utilisation de l’IA au Guardian, concerne la gestion des commentaires sur les articles du site en ligne, une IA entraînée, fais le tri de ce contenu particulièrement sensible. Pour Chris Moran aussi, il s’agit de démystifier l’IA, et  ainsi de bien l’identifier comme un outil d’autonomie pour les journalistes: « Les gens ont peur que les ordinateurs deviennent très intelligents et conquièrent le monde, or ils sont très bête et ils ont déjà conquis le monde ! ». Mais l’IA ne lui fait pas peur car l’élément fondamental du journalisme c’est ce moment final où la décision est prise de publier tel ou tel sujet, tel ou tel jour, selon tel ou tel contexte et cette subtilité c’est l’opinion, la sensibilité, la culture et l’instinct du journaliste qui ne pourra pas être prise en charge par une IA.

 

3. L’IA pour suivre le rythme

 

Echobox est une plateforme qui intervient dans l’optimisation des réseaux sociaux via l’utilisation d’intelligences artificielles. C’est dans ce contexte que son fondateur et directeur général, Antoine Amann, nous présente une autre application de l’IA dans le monde des médias. Selon lui, le contexte actuel de multiplication des médias impose un rythme de publication et une quantité de contenu si importante qu’il faut un certain degré d’automatisation, c’est là que l’IA est utile. Prenant l’exemple de Facebook il explique que, selon les règles du réseau, poster trop souvent ou pas assez pénalise l’utilisateur, dans ce cas, l’IA vient doser le rythme des activités afin de contenter au mieux les algorithmes et assurer une visibilité optimale. Ce qui est pris en charge par l’IA n’est plus à faire par l’humain, ce qui lui permet de se concentrer sur autre chose, tel que la qualité des contenus.  L’IA prend en charge l’automatisation et l’humain garde le sens, le bon sens.

 

La cobotion, un écran de fumée?

Pour tous ces professionnels, l’IA est beaucoup moins brumeuse et terrifiante que ce que l’on veut bien nous faire croire. Comme un couteau suisse elle revête mille usages et intervient déjà dans de nombreuses méthodologies de travail. Classer, comprendre ou automatiser l’IA effectue les tâches pour lesquelles on l’a programmé en soutien à celles de l’être humain. Pour Renée Kaplan, la question n’est pas de savoir si l’IA va remplacer ou non le travail des journalistes, elle n’y croit pas, mais plutôt de savoir quand et comment l’utiliser afin d’optimiser ses applications et l’aide qu’elle apporte. « L’IA nous aide à prendre des décisions plus informés » ce qui est finalement l’un des devoirs premiers du journaliste face à ses lecteurs. Ces rédactions modernes ont bel et bien intégré l’IA à leur façon de travailler mais comme le souligne Antoine Amann, l’IA n’est pas une fin en soi : « Dans le contexte du travail, il faut d’abord se demander, quel problème rencontre-t-on et déterminer, selon celui-ci, la technologie qui pourra le résoudre. Tout cela avant même de penser à l’IA. ». Mais quand les ingénieurs développent des robots capables de rédiger des articles, la question se repose, et ce, beaucoup plus tôt que prévu. Si la machine écrit, où est la place du journaliste?

 

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