veille sur la transition numérique et l'économie collaborative

rédigé par Catalina Gomez Jaimes

Designer Industriel et DA. Etudiante en Mastère MEPN à CAMPUS FONDERIE DE L'IMAGE Chargée de communication interne, USCC, La Poste

Techno-mobilités

COMMENT LES NOUVELLES TECHNOLOGIES TRANSFORMENT LES DÉPLACEMENTS EN VILLE ?

 

La transition numérique dans le domaine du transports est responsable des récentes transformations du paysage urbain…. mais, la micro-mobilité va-t-elle transformer complètement nos déplacements ?

 

Depuis la démocratisation d’Internet, nous pouvons voir comment notre vie quotidienne et nos habitudes ont commencé à changer progressivement et pour toujours. Avec les réseaux sociaux et l’explosion des nouvelles technologies qui les accompagnent, comme par exemple les outils connectés, nous commençons à voir une présence numérique constante dans chaque aspect de notre vie. Même la façon dont nous nous déplaçons s’est vue transformée.

 

Quand nous y réfléchissons, dans le secteur des transports et de l’électronique, le concept commun à ces deux domaines est “la mobilité”. C’est un peu une coïncidence si, en informatique, quand nous pensons à la mobilité, nous pensons aux petits appareils. Il est intéressant de noter que les mêmes concepts et mots que nous utilisons pour parler de la micro-mobilité en termes d’évolution du transport, aillent aussi en direction d’une forme plus petite.

 

 

Mais, plus concrètement, qu’est-ce que c’est la micro-mobilité ? En quelques mots, la micro-mobilité signifie des véhicules qui ne sont pas des voitures et pourtant ils sont motorisés. “Ce n’est pas un loisir, pas un sport. Premièrement, ils existent pour faire le travail de transport et deuxièmement, à un poids très léger.”1

C’est une question de transport personnel, il y a bien évidemment un lien avec les systèmes de transports en commun mais il s’agit principalement de la personne déplacée, par opposition à la communauté.

 

L’ÉVOLUTION DE LA MICRO-MOBILITÉ

Si nous nous remontons à l’époque pré-automobile, les trajets étaient essentiellement fragmentés. Comme moyens de transport, vous pouviez marcher ou faire du vélo pour les plus courtes distances. Pour les plus longues distances vous pouviez prendre le cheval, prendre le tram, ou bien prendre le train, mais il était très difficile de terminer un voyage sans passer de l’un à l’autre. Quand nous pensons à l’évolution de la mobilité et du transport, le désir de regroupement de trajets était très présent à cette époque. La voiture a donc très bien réussi à le faire pendant le dernier siècle.

 

« La voiture a créé la banlieue. Elle a créé le centre commercial. Et cela nous a permis de vivre différemment. Avec la voiture, les voyages sont courts et longs, mais la grande majorité des voyages sont très courts. Le fait est que nous prendrons le court trajet loin de la voiture et que la voiture restera comme un produit longue distance. Cela va redéfinir le paysage urbain. Cela va redéfinir la façon dont les gens pensent à leur travail et à leurs voyages. »2

 

Actuellement, le panorama s’est vu déjà énormément changé. Désormais, dans plusieurs villes du monde, nous comptons avec une variété d’options beaucoup plus vaste pour nos besoins de mobilité quotidiens (sans prendre en compte les moyens de transport classiques déjà à notre disposition). Partons des skates à moteurs jusqu’aux véhicules à quatre roues également motorisés ; des systèmes utilisant des bornes ou bien “dockless”… les possibilités sont presque infinies. Ce changement est dû au fait que le paysage urbain n’est plus le même. Il est désormais très encombré par les voitures et dans certaines villes il y a un énorme stress infrastructurel. Sans prendre en compte l’impact sur l’environnement qui devient de plus en plus une source très forte de pression sur les gouvernements et les citoyens. L’objet directement concerné par ces changements c’est la voiture, et le fait qu’aujourd’hui nous ne pouvons plus nous déplacer très rapidement avec en ville.

 

Le résultat, c’est que tous les avantages que la voiture a créé, par exemple, traverser une grande métropole, deviennent en fait plus lents qu’avec les nouvelles alternatives. Il y a donc des pressions croissantes dans les villes. Une des solutions pourrait être la micro-mobilité.

 

« Les études montrent que 90% des usagers de la micro-mobilité l’utilise pour gagner du temps sur leurs trajets domicile-travail.

Cette tendance touche « une tranche d’âge de 30 à 60 ans », explique Luc Nelissen, directeur de la société e-wheel. »3

La micro-mobilité peut être définie par des petits véhicules physiquement minuscules, mais il existe une autre façon de voir les choses : en regardant les distances qu’ils parcourent.

 

Les distances parcourues par ces “petits véhicules” sont généralement assez courtes, et les distances parcourues par les gros véhicules sont généralement assez longues.

Par exemple, si nous parlons des extrêmes, il est peu probable que vous fassiez plus de un ou deux kilomètres sur un skate, alors que si vous vous trouvez sur un bateau ou un avion, vous allez certainement aller plus loin. Et au milieu, vous avez un large spectre de différentes possibilités.

 

 

Le problème des voitures (ou bien leur caractéristique principale ?), c’est qu’elles sont très flexibles. Elles peuvent parcourir de courtes distances et de longues distances. Mais ce qui est intéressant avec les “micro-véhicules”, c’est qu’ils sont si bons sur de courtes distances qu’ils commencent à remplacer la voiture. C’est ce qui a été observé avec “Ofo” qui est l’un des systèmes pionniers de partage de vélos en Chine. Ces solutions cyclistes commençaient à être le premier choix des utilisateurs pour des trajets allant de zéro à trois kilomètres.

 

 

L’important c’est que ces solutions de micro-mobilité s’améliorent de plus en plus, générant une demande pour les courtes distances qu’elles couvrent. Souvent, il ne s’agit pas seulement de prendre part à un transport existant, mais plutôt de créer une demande. Les utilisateurs disent : « Eh bien, je n’aurais pas fait ce voyage si je n’avais pas eu à disposition un vélo ou une trottinette devant chez moi ». L’introduction d’une demande créée par la voiture est clairement ce qui nous a conduit aux embouteillages que nous avons aujourd’hui dans nos routes.

 

LA MICROMOBILITÉ ET LA TECHNOLOGIE

Historiquement, l’un des aspects les plus intéressants du transport en général, est qu’il crée une demande, de la même façon que l’informatique et les communications. Les gens n’avaient pas nécessairement besoin de toujours être en contact avant le téléphone portable ou l’accès à l’informatique. Nous sommes donc témoins de ce phénomène très intéressant qu’est la création de la demande appliquée aux transports. Et c’est fascinant d’en être témoins.

 

Toutes ces nouvelles alternatives de déplacement, sont peut-être le résultat d’un manque de fluidité dans les options de transport existantes. Ou bien de l’ennui de la part des utilisateurs qui décident d’entreprendre, essayant eux mêmes, à partir de leurs propres expériences ; de trouver des nouvelles façons de déplacement sans devoir attendre des solutions et infrastructures mises à disposition par leur gouvernement. Tout en profitant des possibilités d’avoir un smartphone pour créer un lien entre les utilisateurs et les micro-véhicules.

 

Une question importante à se poser, est, le rapport de l’informatique et la connectivité avec la micro-mobilité. Une des belles caractéristiques des ordinateurs sous la forme de smartphones, c’est qu’ils sont facilement connectables avec les micro-véhicules. C’est une question de praticité : comme s’ils étaient faits l’un pour l’autre.

 

« Ces véhicules sont intelligents, car ils savent où vous allez et où ils vous déposent. De plus, ils ont la capacité de détecter d’autres véhicules. Ils aident donc les villes à devenir également intelligentes à propos de leur environnement et à savoir ce qui ne fonctionne pas. Donc, ils apprennent des environnements pour la ville en tant que réseau. En outre, ils sont essentiellement un robot distribué. Cela peut sembler étrange. Mais si vous pensez à des millions de téléphones agissant déjà en tant qu’intelligence distribuée comme des appareils de communication, vous pouvez utiliser ce principe de l’informatique distribuée comme une révolution d’outils. »4

 

LA MICROMOBILITÉ ET LA VILLE

Aujourd’hui la micro-mobilité est présente dans plusieurs villes d’Amérique du Nord, d’Europe et d’Asie : dans certaines, elle fonctionne mieux que dans d’autres. Pour quelques personnes ce genre d’initiatives font peur, pour d’autres elles sont la réponse que nous cherchons pour permettre des déplacements plus fluides et il y en a d’autres qui pensent que ce n’est pas du tout une bonne idée en termes de développement urbain.

Pour la grande majorité des administrations et mairies c’est un défis d’essayer de réguler ces véhicules, car leur arrivée a créé des nouveaux problèmes légaux qu’il avaient pas prévu de gérer et des challenges de synchronisation avec les transports déjà présents.

 

Parce qu’il faut avouer que la situation, dans la majorité de villes, est actuellement plutôt chaotique. La période de découverte et d’adaptation est toujours dure et incertaine. Mais cela signifie également que la demande et le capital investi sont énormes. Cela implique un changement, et le changement est parfois très douloureux et mais il est également une réponse à des problèmes existants.

 

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Micro-mobilité en France

La micro-mobilité à Paris est arrivée dans un premier temps avec des solutions comme Velib’ depuis 2007. Plus récemment des véhicules de micro-mobilité connectée sont arrivées sur plusieurs villes en France comme les trottinettes électriques et une nouvelle version de Velib’. A la différence de la première génération de vélos, ces nouveaux systèmes ne fonctionnent pas avec une station pour y accéder ou déposer les véhicules : concept connu comme le système “free-floating”. Cette nouvelle génération de véhicules de libre service permet de les prendre et de les déposer un peu partout en ville.

 

Ces trottinettes et vélos sont apparus en 2018 avec l’intention de décloisonner les villes françaises. L’idée c’est d’offrir une variété d’alternatives pour le premier et dernier kilomètre de déplacements quotidiens et ainsi donner la possibilité d’un déplacement de “porte à porte” complet.

 

Les entreprises qui proposent ces nouveaux systèmes de transport urbain ont décidé de simplement déposer leurs véhicules connectés sur les trottoirs sans donner beaucoup d’information ni aux citoyens ni aux collectivités. Et sans beaucoup d’instruction de la part des entreprises, les utilisateurs sont livrés à eux mêmes et c’est à eux de définir la place physique qui incombent à ces véhicules connectés. S’il y a une voie cyclable à disposition la question est plus facile à résoudre. Au contraire, le vrai défis apparaît quand les vélos et trottinettes doivent partager la voie avec les piétons sur les trottoirs ou bien, la voie des bus et voitures sur la route.

Tout cela a suscité plusieurs réactions de la part des utilisateurs, mais également au sein des mairies.

 

Mais en termes de réglementation, que dit la loi ?

« M. Christophe Najdovski, adjoint à la maire de Paris chargé des transports a mentionné « la nécessité d’une régulation de ces déplacements et d’une réglementation nationale pour définir la catégorie de ces véhicules ». En effet, la vitesse moyenne d’une voiture à Paris est de 17 km/h. Un piéton se déplace entre 5 et 6 km/h. Un vélib’ métropole électrique (vélo bleu) stoppe l’accélération assistée à 25 km/h. Les trottinettes, vélos et engins électriques peuvent atteindre des vitesses entre 20 et 25 km/h en quelques secondes, et jusqu’à 40 km/h pour un engin débridé.

Il est donc impensable de faire cohabiter de telles vitesses avec des piétons.

Le 21 septembre 2018, la ministre des transports, Elisabeth Borne, a annoncé sur Europe 1 que les trottinettes électriques ne seront bientôt plus acceptées sur les trottoirs ».5

 

La place de ces véhicules pendant les périodes de non utilisation se pose aussi, vu que dans certaines villes les espaces publiques sont déjà assez réduits. Certains habitants et administrations se sont plaints également du désordre urbain que cela crée.

 

Les entreprises responsables de ces véhicules connectés ont très peu coordonné leurs démarches avec les pouvoirs publics locaux, car à différence de l’ancienne génération de micro-mobilité, ils n’ont pas cherché à faire des lien avec les administrations des villes où elles se sont installées.

 

Au niveau national, et en termes légaux, cette situation un peu incertaine pour les micro mobilités avance assez rapidement. La loi d’Orientation de Mobilité (LOM), sera présentée au Parlement courant 2019 et y sont inclues les réglementations concernant les micro-mobilités connectées (free-floating).

Si cette loi est adoptée, cela permettra aux collectivités de réguler les offres free-floating à travers un cahier de charges avant qu’elles s’installent de manière durable dans leurs villes. Cette solution réglementaire ne pourra pas régler à elle seule toutes les questions que la mobilité d’aujourd’hui et celle de demain posent.

 

Les micro-mobilités connectées sont seulement une petite partie de tous les enjeux que vivent nos villes en termes de déplacements et le lien avec nos quotidiens de plus en plus connectés et numériques. La vrai question aujourd’hui c’est de trouver la meilleure façon d’organiser les infrastructures existantes (ou d’en construire davantage) pour créer une bonne synergie entre les différents transports en commun. Ceci afin de profiter des nouvelles technologies sans plonger nos villes dans un chaos urbain. Trouver ce point d’équilibre est notre nouveau défis.

 

« Il y aura certainement des allers-retours, et je ne dis pas que chaque expérience visant à créer de nouvelles choses est la bonne façon d’en faire, mais elle est révélatrice de la vitalité de la destruction créatrice. C’est au cœur de l’innovation qui change vraiment le monde.

Nous sommes impatients parce que la planète est sous tension et aussi parce que nous ne voyons tout simplement pas le rythme des changements dans les infrastructures existantes nécessaires pour nous permettre d’atteindre les objectifs dont nous avons besoin. »6

 

INFOGRAPHIE :

1. Horace Dediu, Tech Industry Analyst, founder of Asymco

2. Scooter wars, Season 3, Follow This, Netflix (Novembre 2018) Horace Dediu, Tech Industry Analyst, founder of Asymco.

Original text: “Here’s a bit of historic perspective. The car created the suburbs. It created the mall. And that allowed us to live differently. The car, it’s got short trips and it’s got long trips, but the vast majority of trips it takes are really really short. The point being that we’ll take the short journey away from the car, and the car will remain as a long-distance product. That’s going to redefine the cityscape. It’s going to redefine how people think about their work and travel ».

3. Episode 2: What is micromobility, how do we define it, and why is it disruptive? Oliver Bruce, https://medium.com/micromobility/episode-2-what-is-micromobility-how-do-we-define-it-and-why-is-it-disruptive-4653ef260492 

4 & 6. Episode 1 of The Micromobility Podcast: Setting the scene for the great unbundling https://medium.com/micromobility/micromobility-episode-1-transcript-a4a017c3d3ec

5.  https://www.lyde-conseil.com/micro-mobilite-urbaine-vleu/

Paul ROUSSELIN 

 

En savoir plus :

  • – Article : https://15marches.fr/non-classe/manifeste-pour-les-micromobilites
  • – Free-floating : https://www.youtube.com/watch?v=7PYiQUb_7BM
  • – Episode Follow This : https://www.netflix.com/watch/80241741?trackId=13752289&tctx=0%2C0%2Cdad616a6-8bac-4329-b466-06b11b89d1f3-43974712%2C%2C 
  • – Article : https://www.lesechos.fr/thema/0301684062095-nouvelles-mobilites-urbaines-demain-la-ville-fluide-2177542.php 
  • –  Article: https://www.lesechos.fr/10/11/2018/lesechos.fr/0600109813768_trottinettes–velos—pourquoi-le-secteur-de-la-micromobilite-est-en-ebullition.htm

 

 

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