veille sur la transition numérique et l'économie collaborative

rédigé par Bineta Diallo

Etudiante en Master Management Entrepreneuriat de Projets numériques : Communication digitale @CampusFonderieDeL'image & Chargée de communication interne @GroupeRATP.

Comment lutter contre les fake news ?

fake news

Fact-checking, IA, blockchain… La guerre aux Fake News est déclarée ! A l’heure du numérique, quelles armes sont déployées pour contrer la prolifération de ces fausses informations ?

Fact-checking, IA, blockchain… La guerre aux Fake News est déclarée ! A l’heure du numérique, quelles armes sont déployées pour contrer la prolifération de ces fausses informations ?

D’après un sondage réalisé en Mars 2018 par Bva-group, plus de la moitié des personnes partageant des informations sur les réseaux sociaux ont déjà partagé des contenus dont ils n’avaient pas vérifié la source (53% des « posteurs » soit 31% des Français). A l’origine, les fake news sont des informations délibérément fausses et peuvent émaner d’un ou plusieurs individus. Ce terme a réellement explosé à l’automne 2016 lors de l’élection présidentielle américaine et internet leur a donné une puissance sans précédent. Véritable menace pour certains, un danger majeur pour la démocratie pour d’autres… Dans ce contexte le combat s’organise pour contrecarrer un nouveau fléau.

L’essor du Fact-checking

Branle-bas de combat général. La contre-attaque est lancée sur tous les fronts, et particulièrement chez les médias avec de nombreuses initiatives de fact-checking. En France, la vérification de faits a commencé à se développer à travers des sites d’information en ligne tels que Rue89, Médiapart ou Slate. Le fact-checking est une des bases d’un journalisme de qualité, cela n’est pas nouveau (cf. la validation des informations par un journal comme le New Yorker, réputé pour leur rigueur), mais on réinvente juste le concept pour la circonstance. Aujourd’hui Libération, Le Monde et l’AFP ont choisi un fact-checking nouvelle génération et nous allons tenter d’y voir plus clair.

Factuel, le fact-checking par l’afp

Le crédo de l’afp : « la vérification de l’information est au cœur de la mission et des pratiques de l’AFP, pionnière des agences mondiales d’information, depuis ses débuts il y a plus de 180 ans. » factuel est une réponse à la multiplication des fausses informations sur tous les supports. Crée le 22 novembre 2017, cet outil anti intox (blog) tente de démonter des mensonges et des demi-vérités. Factuel est alimenté par à un réseau de 21 journalistes dédiés à cette activité (ils peuvent aussi s’appuyer sur le réseau international de l’AFP) et principalement par Guillaume Daudin qui en assure la coordination. Leur travail s’appuie sur l’utilisation des compétences journalistiques traditionnelles combinée à des outils de recherches avancée sur internet et des réseaux sociaux comme le plug-in InVID , co-développé par l’AFP. Les journalistes exercent cette mission dans le respect de la charte de l’Agence France-Presse en suivant des règles de bonnes pratiques. Cela n’a pourtant pas empêché récemment des hordes de « gilets jaunes » d’aller crier à la désinformation devant le siège de l’AFP.

Les décodeurs et le décodex du Monde.fr

 

Fact checking chez LeMonde

 

Les décodeurs nés en 2009 en tant que blog de fact-checking est devenue une rubrique à part entière en 2014, vérifient déclaration, assertions, et rumeurs en tous genres. Ils mettent l’information en forme et la remettent dans son contexte et ils répondent aux questions des internautes. Cette rubrique s’appuie sur le travail d’une équipe, constituée de journalistes, datajournaliste, infographistes, journalistes développeur, d’un responsable et responsable adjoint. Ils sont tenus de suivre une charte qu’ils ont eux-mêmes définie.

En 2017, les décodeurs ont créé le décodex : un moteur de recherche accessible depuis leur site internet ou depuis une extension de navigateur web. Décodex est un outil qui vise à lutter contre la diffusion virale de fausses informations et à aider les internautes à se repérer dans la jungle des sites producteurs ou relayeurs d’information. Le projet a été financé par Google, à travers le Fonds pour l’innovation numérique de la presse. Le projet Decodex a été l’objet de critique sur la thématique suivante… Au nom de quoi Le Monde se ferait-il arbitre des élégances en matière de bon et de mauvais journalisme.

CheckNews, l’info vérifiée par Libération

CheckNews, l’info vérifiée par Libération

CheckNews est issu du service de désintox de Libération, crée en 2008. En 2017, l’équipe (composée de sept personnes : cinq rédacteurs, un chef de service et un chef adjoint) décide de modifier sa manière de travailler en créant CheckNews, premier service de « fact-checking à la demande ». Désormais ce sont les lecteurs qui ont pris les commandes éditoriales, en posant des questions, via la plateforme checknews.fr, auxquelles l’équipe répond. Pourquoi CheckNews ? Pour répondre à plusieurs besoins : de vérification, d’information rigoureuse et d’être entendu (les médias ont perdu une part de la confiance des citoyens). Mais une des raisons de la transformation de Désntox en CheckNews : donner aux internautes le choix du sujet, est un moyen de répondre à cette défiance. « Nous vérifions ce que vous nous demander de vérifier. Le site CheckNews est le vôtre. Le site CheckNews est à tout le monde. »

Vers une légifération des fake news

Un arsenal juridique enrichie début janvier par l’annonce d’Emmanuel Macron lors des vœux du président de la République à la presse, d’une loi contre les « fake news ».

sondage Odoxa Dentsu-Consulting pour franceinfo et Lefigaro.
Source : sondage Odoxa Dentsu-Consulting pour franceinfo et Lefigaro.

 

« Nous allons faire évoluer notre dispositif juridique pour protéger la vie démocratique »  Emmanuel Macron 

Une loi qui existe déjà (loi 1881) mais qu’il a fallu adapter à l’ère du numérique. Le 20 novembre 2018, le parlement à adopté les deux textes sur les « fake news » en lecture définitive après un parcours du combattant législatif. La loi « contre la manipulation de l’information en période électorale » offre une définition des « fausses informations » qui sont « des allégations ou imputations inexactes ou trompeuses d’un fait de nature à altérer la sincérité du scrutin ». Ainsi la justice pourra faire cesser la diffusion de fausses informations sous 48 heures en ordonnant le déréférencement d’un site ou le retrait des contenus. Les principales plateformes numériques : Twitter, Google, Facebook sont elles aussi mise à contribution avec l’obligation de fournir les informations sur les publicités politiques qu’elles diffusent contre rémunération sur leur site. Elles doivent rendre public le montant payé pour des messages électoraux, et mettre à disposition des électeurs un registre en ligne avec les informations sur l’identité des promoteurs de ces publicités électorales.

Même si elle impose plus de transparence, plus de sanction, cette nouvelle loi est loin de faire l’unanimité et suscite une controverse sur le risque notamment pour la liberté d’expression. La loi initiale sur la liberté de la presse de 1881 suffirait amplement, selon certains journalistes.

IA et blockchain : deux nouvelles armes contre la prolifération ?

Alors que le nombre de données en circulation continue d’exploser, et regorgent de fausses informations, la technologie renferme t’elle peut-être la solution pour contre-attaquer la prolifération des fake news. En octobre 2018, des chercheurs du CSAIL, du MIT et de l’institut de recherche en informatique du Qatar annonçait la création d’un système de machine learning pouvant détecter automatiquement les fake news. L’idée ? utiliser l’intelligence artificielle pour mesurer la fiabilité d’une source. Les chercheurs ont mis au point un algorithme d’apprentissage automatique qui se base sur des milliers d’articles publiés, et jauge la précision d’une information et le biais excessif d’un point de vue.

En France, trois étudiants ingénieurs de l’EPITA ont créé Neutral News, un outil d’aide aux médias et ministères français. Il s’agit d’une plateforme digitale qui vise à mesurer la fiabilité de l’information gratuite en ligne, via un algorithme entrainé. Développant le programme depuis des mois, ils ont lancé une première version de leur plateforme digitale début décembre 2018.

Du côté de la blockchain, l’entreprise Eyeo Gmbh qui a créé le logiciel AdBlock développe une extension de navigateur permettant d’identifier les sources mensongères appelée Trusted News. Le concept ? Lors de la consultation d’un article sur internet, le logiciel avertira l’internaute grâce à plusieurs indicateurs tels que « confiance », « inconnu », « fake news » ou encore « satire ». Trusted News, utilise le protocole MetaCert connecté à une base de données pour récolter les avis. Cette base de données devrait être prochainement rattachée à la blockchain Ethereum. L’entreprise Eyeo Gmbh n’est pas la seule à avoir songé à la blockchain pour contrer les fake news, en mai 2018 la Commission Européenne a publié un rapport qui traite de la lutte contre la désinformation en ligne et les fake news en expliquant vouloir tirer profit de la blockchain pour combattre les fausses informations diffusées sur internet. Des solutions qui semblent miraculeuses, toutefois n’oublions pas que les algorithmes sont eux-mêmes faillibles, il est aussi permis de s’interroger sur ce que Eyeo fait des données de navigation des internautes récoltées à l’occasion des blocages de publicités. La réponse ne se trouve peut-être pas toujours dans la technologie.

 

Les fake news sont un fléau avéré et ce ne sont pas les stratégies de lutte qui manquent même si elles divisent … Les dispositifs technologiques et législatifs se multiplient pour endiguer ce phénomène. Des médias classiques et leurs outils de fact-checking 2.0 en passant par l’Intelligence Artificielle et ces nombreux projets « révolutionnaires », les différents acteurs sont sur tous les fronts. Et si la vraie lutte contre ce phénomène commençait par l’éducation aux médias et à l’information, à l’ère de l’infobésité ? Prendre le mal à la racine, en développant une pédagogie contre les risques de la désinformation, voila la vraie solution.

 

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