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Blockchain et travail collaboratif feraient-ils bon ménage?

zapchain-travail collaboratif

La technologie Blockchain est utilisée par des start-up qui font le pari de se passer de toute structure de l’entreprise. Misant sur le collaboratif avant tout, les règles sont régies par des algorithmes. Mais le mode tout-collaboratif est-il applicable à toutes les entreprises ? Et quelles sont les limites de ce système ?

Qu’est-ce que la Blockchain ?

La technologie Blockchain permet de décentraliser et « désintermédier » des processus et applications traditionnelles car elle enregistre les gestes de chacun de manière sécurisée. Ainsi, les règles qui organisent les contributions et la création de valeur sont transparentes.

En effet, cette technologie permet de sécuriser la transaction entre deux parties en se passant d‘un tiers de confiance. Exit donc le manager ou toute personne représentant le pouvoir, place aux algorithmes.

Les start-up collaboratives adoptant Blockchain

Bon nombre de start-up fleurissent sur la toile et proposent des services qui permettent aux entreprises d’adopter un autre système de mode de travail, ou qui proposent aux internautes de créer du contenu généré par Blockchain.

Backfeed, gouvernance décentralisée et méritocratie

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La start-up israélienne Backfeed a créé un système de gouvernance décentralisé. En effet, le protocole Blockchain prend la place de l’autorité, la communauté qui a la majorité décide de la rémunération de chacun, tout est transparent. Chacun évolue sous un système de méritocratie, la rémunération est donc attribuée au mérite, par tous. Backfeed repose sur un algorithme de Pov (proof of value). Pour l’instant, seuls un réseau social collaboratif et une start-up organisant des événements autour d’idées et de communautés sont utilisateurs de cette licence d’exploitation.

Colony, le nectar rémunérateur

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Colony.io promeut l’IA de la Blockchain pour “auto-organiser” les entreprises et mesurer la productivité de chaque membre. Elle a aussi mis en place une monnaie virtuelle “le nectar”, qui rémunère ses contributeurs (cette start-up a été créée par l’artiste joaillier Jack du Rose).

Zapchain, première plateforme communautaire monétisant les Like

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Comme elle se définit elle-même sur sa page Facebook, « ZapChain is the first community platform where instead of just liking posts, members give tiny amounts of money to show their approval« . Chaque individu ou membre de PME peut créer une communauté sur un thème donné. Zapchain permet donc de rémunérer les bons “boosters” avec des bitcoins.

Stratumn, JSON Standard for Proof of Process

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La start-up parisienne Stratumn développe une plateforme permettant aux développeurs de créer des applications reposant sur la Blockchain, sans connaissance spécifique, car c’est la start-up qui prend à sa charge la complexité de la technologie. Ainsi, l’utilisateur, parfait néophyte de cette technologie, se concentre seulement sur la création d’application à partir d’une standardisation en JSON de son script baptisé « Chainscript ». Pour l’instant, cette start-up reste en version bêta privée.

KeeeX, French Tech au CES 2016

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La start-up marseillaise KeeeX développe un ensemble de solutions de travail collaboratif qui fonctionne notamment sur un horodatage permettant le partage de documents, un chat collaboratif et une gestion de signature.
Cette start-up répond à des questions simples : lisons-nous le même document ? A-t-il été modifié ? Est-ce le bon auteur ? Elle est conçue pour que chaque document puisse être vérifié en l’absence de tout tiers de confiance et d’infrastructure.

Ainsi, chaque collaborateur d’un document sait qui est l’auteur de chaque partie, quelle modification a été faite. Cette transparence permet une gestion de travail en groupe efficace, simple et rapide. L’application permet aussi de trouver un document et ses clones très rapidement, où qu’ils soient déplacés.

Belem, laboratoire expérimental

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La start-up Belem est une sorte de laboratoire qui teste les applications réelles de la Blockchain pour évaluer son potentiel et déterminer les contraintes engendrées par son développement. Elle explore notamment des pistes pour mesurer l’impact de la Blockchain sur la vie citoyenne et financière d’une communauté. Par exemple, pour les élections du 4 au 7 avril 2016, la start-up a développé pour le mouvement politique Nous Citoyens un système de vote via la blockchain. L’acte de vote est absolument démocratique puisque chaque citoyen participe directement au débat public sans s’en remettre à la confiance d’un tiers.
OuiShare est un think tank qui se veut être un accélérateur d’idées et de projets de la société collaboratrice. Ses quatre grandes activités sont l’animation de la communauté (dont OuiShare Fest, événement international qui regroupe entrepreneurs et acteurs de l’économie collaborative), production intellectuelle, incubation et accélération de projets collaboratifs, formation, accompagnement. En perpétuelle évolution, OuiShare se questionne et se réinvente chaque jour. Car le futur du travail se construit dès à présent.

Ainsi, la technologie Blockchain libère les entraves de certains systèmes pour permettre aux organisations d’adopter un mode de pensée basé sur le collaboratif et la transparence. Mais est-ce un modèle pérenne ? La toute transparence entre les membres et le système de méritocratie sont-ils bénéfiques pour assurer l’auto-régulation des employés ?

Méritocratie et quantification des interactions sociales

En utilisant la technologie Blockchain, les start-up et communautés modifient la manière de gouverner et transforment ainsi les interactions sociales entre les membres. Ce n’est plus une personne qui manage des êtres mais des algorithmes qui alimentent des règles.

Le tout-collaboratif remplace le management.

Chaque tâche effectuée par un membre de la communauté est enregistrée automatiquement. Mais comment peut-on transposer sur le net ce qu’il se passe dans la vraie vie ?

Tout ne peut pas être chiffré. Parler avec son collègue, échanger une idée avec son supérieur ou même avoir une idée avec un ami devant la machine à café sont des interactions qui influent énormément sur le bien- être au travail et la performance des collaborateurs. D’après une étude Opinion Way, pour les salariés français, l’ambiance au travail est plus importante que le salaire. En effet, près d’un salarié sur deux se dit plus motivé pour aller travailler quand il sait qu’il pourra y plaisanter, rire et partager des bons moments avec ses collègues.

Si le système de méritocratie permet d’attribuer à chacun la réputation qu’il mérite selon les actes qu’il met en avant online, ne pousse-t-on pas les individus à s’essouffler dans une course au pouvoir ? Car à trop penser à son “e-image” et sa “e-réputation”, l’internaute peut bâcler une tâche ou prendre une décision illégitime par intérêt, afin de faire grimper les sondages, et donc l’opinion que l’on a de lui. Selon Mark Bolino, professeur à l’université d’Oklahoma, certains employés très désireux de participer sont sollicités sur n’importe quel sujet et deviennent ainsi des “goulots d’étranglement” car rien ne passe avant qu’ils aient donné leur avis.

Une étude US (source : Harvard Business Review) a prouvé qu’il n’était pas utile de constamment impliquer tout le monde dans tous les projets puisque 20 à 35 % des collaborations à forte valeur ajoutée provenaient de seulement 3 à 5 % des employés. Ainsi, l’idéal du tout-collaboratif plaçant chaque individu d’égal à égal est biaisé par l’implication naturelle de certains individus au détriment d’autres.

« Changer les comportements et les relations représente une barrière beaucoup plus large que la technologie » Alexandre Stachtchenko

La question du mérite risque aussi de privilégier les personnes extraverties par rapport à celles qui sont introverties. Les personnes timides s’exprimant moins ne seront pas prises en compte par l’algorithme alors que leur travail peut être tout à fait honorable. Une nouvelle forme de compétition entre les membres résulterait de cette technologie.

Il faudrait imaginer un algorithme qui “surveille” les actions de chacun et qui arrive à quantifier la qualité à la quantité. Mais la valeur même de la Blockchain en serait modifiée.

Cette technologie permet donc aux hommes de manier et d’utiliser des services qui étaient auparavant délivrés par l’Etat. Cette prise de pouvoir par les utilisateurs doit être appréhendée comme une nouvelle manière de voir et de penser le monde. Ainsi, si la Blockchain bouleverse notre manière de réagir et d’échanger on-line avec des profils utilisateurs, elle doit aussi nous permettre de réfléchir à la manière de gouverner off-line, car les codes sont un peu différents.

L’individu ne peut pas se consacrer pleinement à une nouvelle forme de travail collaboratif via la Blockchain et tout ce qui s’ensuit sans remettre en question sa manière de gérer les interactions avec les autres individus dans la vraie vie. La technologie doit aller de pair avec la vraie vie.

L’holacratie, une nouvelle forme de gouvernance

Ainsi, la Blockchain tend à rendre les individus plus autonomes et plus impliqués dans les prises de décision. Plusieurs entreprises ont voulu suivre l’exemple du sans-patron pour créer une nouvelle organisation du travail décentralisée, basée sur le système de l’holacratie.

L’holacratie est un système d’organisation de la gouvernance qui dissémine les mécanismes de prise de décision par cercles de responsabilité interconnectée, et qui, contrairement à ce que l’on pense souvent, n’est pas démocratique (tout le monde ne vote pas la même décision), mais vise à autonomiser les décisions par consentement dynamique, via des processus très institués comme la sollicitation d’avis ou des méthodes de résolution de conflit par exemple. ” L’exemple par excellence serait Wikipédia.

Des biscuits pour tous

biscuit poult

L’entreprise de biscuits Poult (2ème vendeur en France après Lu) a vécu une révolution managériale en 2006 puisque l’entreprise a supprimé plusieurs niveaux de hiérarchie et a permis aux employés de décider des salaires et investissements de cette dernière. Ces décisions ont été prise lors d’une journée où l’entreprise a fermé ses portes et a proposé à ses employés (payés) de venir s’ils le souhaitaient parler de l’avenir de la structure. Les 400 employés étaient présents.

Et la productivité a doublé !

« Il faut aujourd’hui remettre en question de nombreuses vaches sacrées du management, par exemple cesser de croire à la pratique de la carotte et du bâton, une option totalement improductive lorsqu’on poursuit des projets un peu intelligents .» Introvigne


La société a aussi aboli “les silos fonctionnels”. Cette tendance à faire que les gens de marketing ne parlent qu’avec les gens de marketing par exemple. Maintenant, des groupes ont été formés en rapport avec le produit fabriqué. Le groupe “tartelette” va désigner des représentants en investissement par exemple. Les idées fusent et les employés, conscients d’avoir un rôle majeur dans la société, sont motivés à produire efficacement.

Le site de e-commerce Zappos a lui aussi d’excellents chiffres. Pas de managers, seulement des groupes de personnes qui décident ensemble de décisions. Les locaux sont décorés par les salariés, et chaque membre doit passer au minimum 4 semaines par an au centre d’appels (même l’ancien dirigeant). La culture du bonheur est promue puisque tout est mis en oeuvre pour que les salariés se sentent bien. Et ce cercle vertueux du bonheur se ressent sur les clients car les ¾ de leurs 8,5 millions d’acheteurs sont des habitués. La relation client est au centre et c’est ce qui fait la réussite de l’entreprise, et le bonheur des salariés.

Ainsi, la “mentalité Blockchain” transposée dans le monde du travail permet un travail collaboratif où chaque membre est au courant de ce qu’il se passe et prend part aux décisions. Cette reconnaissance ne peut être que positive pour le bien-être du salarié et sa rentabilité. De nouvelles formes d’organisation du travail où le manager devient entraîneur d’équipe émergent. La créativité et la transparence au coeur de l’équipe amènent les salariés à acquérir une liberté d’action bénéfique pour l’image de la société et le travail fourni.

Cependant, il ne faut pas sous-estimer l’adaptation d’une forme d’organisation à une autre. Beaucoup de processus rentrent en jeu. La notion de l’évaluation (d’un salaire par exemple) peut différer d’une personne à une autre. La temporalité est primordiale pour l’acceptation d’une autre forme de gouvernance, et certaines personnes nécessitent un apprentissage plus important pour accepter de travailler dans une entreprise qui décentralise sa prise de décision.

Ainsi, si la Blockchain a révolutionné l’univers de la sécurité de l’information, on peut voir qu’elle a joué un rôle important dans la modification du travail collaboratif où le management est décentralisé. Mais comme tout changement significatif au sein de la société, un temps d’adaptation et un suivi salarié sont nécessaires pour que la nouvelle organisation soit intégrée efficacement.

 

En savoir plus

 

https://www.7×7.press/comment-la-blockchain-va-tuer-le-management-traditionnel

https://www.maddyness.com/innovation/2016/04/14/blockchain-management/

https://www.maddyness.com/innovation/2016/04/14/blockchain-management/

http://www.latribune.fr/technos-medias/internet/la-blockchain-libere-les-entraves-de-l-economie-collaborative-569959.html

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