veille sur la transition numérique et l'économie collaborative

rédigé par Alexandre Meyer

Étudiant en Master Management Entreprenariat de projets numériques, communication. Diplômé d'un DUT MMI et d'une licence pro. en numérique. 🖥️💻🖱️📱

A quoi ressemblera notre playlist dans une décennie ?

Fry, de Futurama, joue d'un instrument

La construction d’une playlist a évolué au fil des décennies grâce à la technologie. Auparavant, rembobiner une cassette pour réécouter sa musique préférée était un travail très laborieux et ennuyant. Aujourd’hui, nous pouvons accéder à une quantité phénoménale de titres musicaux uniquement via son smartphone. En 20 ans, Internet a beaucoup évolué, même révolutionné et bousculé nos habitudes.

Retour historique sur l’évolution de notre playlist musicale du pré-web à nos jours.

I – Retro : ma playlist à moi tout seul

 

Nous sommes dans l’ère pré-web ! Les plus “old school” s’en rappelleront des années 80-90 ! C’est à cette époque que nous avons commencé à partager sa musique. Cassettes et CDs inondaient l’industrie musicale et nous avions toujours notre musique a portée de main. Walkman et pochette range CD nous accompagnaient dans tous nos déplacements. Ainsi, il était facile de faire écouter ses meilleurs tubes à son entourage.

Les radios étaient là pour nous

Créer sa propre playlist n’était pas chose simple. Il fallait piocher individuellement dans chaque cassette et CD les différentes musiques qui nous plaisaient et les graver grâce à une chaîne Hifi sur sa propre cassette. Fastidieux non ? C’est pour cela que les stations de radios diffusaient à longueur de journée beaucoup de titres. Cela évitait de récupérer des musiques de part et d’autre.

L’essentiel de nos découvertes se faisaient par le biais de notre cercle familiale et de la radio. Il y avait pas de partage à proprement parler en dehors du cercle. Les personnes découvraient la musique par le biais de la radio.

Très rapidement, nous sommes passés d’une musique disponible majoritairement sur un support physique à une denrée numérique accessible partout gratuitement. La grande rupture technologique est arrivée et annonçait la fin de la cassette.

Avec l’analogique qui disparaît petit à petit, nous avions une tendance qui se crée pour le numérique et la digitalisation de la musique.

II – L’ère du web 2.0 ?

Échange est le maître mot. Voici le courant de pensée de l’ère 2.0 du web. Apparu en 2001, après l’explosion de la bulle internet, ce nouvel état du réseau consistait en plus d’interactivité et de partage des connaissances par ses utilisateurs. L’ouverture au grand public d’internet a permis d’avoir des usagers actifs dans la production et le partage de contenu.

Il y avait une volonté de contribution très forte, qui s’est retrouvée dans l’univers musical. Chacun pouvait construire sa playlist et la partager très facilement en ligne avec des inconnus.

Myspace au coeur du web

Tout droit sorti de la cuisse du web 2.0 en 2003, Myspace se positionna comme le forum central dédié à la musique. Avec un pic de 200 millions d’utilisateurs en 2007, de nombreux artistes lui faisaient confiance pour faire leurs autopromotions et partager leurs musiques. MySpace Music était l’un des sites les plus consultés dans le monde. La facilité de navigation permettait aux nouveaux utilisateurs de prendre en main le site très rapidement. Les artistes partagaient sur leur page leurs musiques et les internautes les découvraient. Cela a permis à de nombreux artistes de commencer leurs carrières : Lily Allen, Arctic Monkeys…

Cependant qui dit facilité de partage, dit aussi abus pour certains.

Le fléau du piratage massif

Le réseau peer to peer se démocratise au plus grand bonheur des internautes. Le piratage sur internet se fait de plus en plus présent. Des logiciels comme eMule, Kazaa ou Napster permettent de télécharger des fichiers venus d’autres utilisateurs connectés à Internet dans le monde. Plus d’un milliard d’albums ont été piratés dans le monde en 2003.

Mais au-delà du fléau du piratage, cette technique a permis à beaucoup d’utilisateurs de découvrir de nouvelles musiques. Elle a permis aussi le partage de ses playlists au monde entier. Contrairement au pré-internet où il était compliqué de composer sa propre playlist et de la faire découvrir, le réseau P2P a laissé l’opportunité d’explorer l’ensemble de l’univers musical de façon plus rapide et efficace.

La contre attaque des labels

“Les utilisateurs ne veulent pas être traités comme des criminels, et les artistes ne veulent pas que leur précieux travail leur soit dérobé”

En 2004, 34% du marché mondial du disque correspondait à du piratage. Un chiffre qui a de quoi inquiéter les maisons de disques. Des milliards et des milliards de dollars de recette ont été ainsi perdues par les grosses industries. Leurs modèles économiques bien ficelés devient à présent fragile. Les procès et le lobbying contre attaque tout naturellement. Certaines plateformes comme Napster ont été épinglé mais face à cet immense contenu en ligne, les grands groupes se sont sentis submergés.

Cependant, ils ont trouvé LA solution : contrer le piratage par des plateformes musicales payantes. Ainsi naquit le premier service de vente de musique en ligne. Steve Jobs avec Apple lança iTunes Store en 2003. Il partit du principe que les utilisateurs ne “veulent pas être traités comme des criminels, et les artistes ne veulent pas que leur précieux travail leur soit dérobé”. Avec l’appui d’Universal Music Group et de Jimmy Lovine, producteur de musique très influent, cette boutique musicale en ligne avait pour but d’inverser la tendance du piratage.

 

⇒ Voir le documentaire “The Defiant Ones” sur Netflix qui décrit parfaitement la mise en œuvre de cette contre attaque.

Grâce à la “victoire” des grands groupes, des plateformes de streaming ont vu le jour. La consommation de ces plateformes génèrent beaucoup de données. Grâce à ces données, l’intelligence artificielle (IA) peut prendre le relais et commencer à travailler.

III – La playlist de nos amis les robots

 

Nous sommes en 2019. Je ne vais pas vous apprendre qu’il existe aujourd’hui des multitudes de façon pour écouter de la musique. Très loin est l’époque que je décrivais un peu plus haut. Découverte sur le profil public de nos amis, partage via les réseaux sociaux, écouter en temps réel, voici plusieurs exemples. Mais nous allons nous concentrer sur les plateformes de streaming. Pourquoi sommes-nous attirés par ces services ? Comment est joué la carte de l’IA ? Et que gagne les entreprises grâce à notre écoute du dernier album de notre artiste préféré ?

La sérendipité

“Découverte faite par hasard lors de recherches sur un autre sujet.” Voici le concept même de la plateforme SoundCloud. Avec plus de 125 millions de titres dans son catalogue, l’utilisateur se laisse guider entre morceaux d’amateurs et titres internationaux. Pour lui faire tout découvrir, SoundCloud joue la carte de la sérendipité. Selon la dernière recherche effectuée sur le service, ce dernier propose à la suite une nouvelle écoute ayant un titre similaire. Par exemple, si l’utilisateur recherche le titre “Times are changing”, SoundCloud va nous créer une playlist d’écoute de plusieurs styles avec des chansons comprenants les termes de notre recherche.

L’IA à notre service (ou le contraire…)

Une IA a besoin d’une immense quantité de données pour fonctionner de façon optimale. L’objectif d’une plateforme de streaming est clair à comprendre : faire connaître et d’augmenter notre temps d’écoute quotidien. Afin de nous fidéliser et d’augmenter donc leurs revenus, les entreprises se servent principalement d’algorithmes. Ils utiliseront nos données dans leur processus.

Comment la recommandation fonctionne ?

Il n’est pas rare d’appliquer des processus de la vie réelle à internet. C’est pour cela que l’on peut qualifier ces processus, d’algorithmes organiques.

Les développeurs ont pensé à un système très humain. Si plusieurs personnes aiment une première musique X et aussi une deuxième Y, alors je peux proposer la musique Y à des utilisateurs aimants la musique X. Pour faire cela, l’algorithme de la plateforme de streaming va analyser plusieurs facteurs d’écoutes d’un utilisateur : son historique d’écoutes, ses derniers morceaux, les styles musicaux, la durée, les artistes similaires, répertoire de contacts etc…

Il va ensuite récupérer ces informations et les comparer à plusieurs millions de playlists d’autres utilisateurs. Le processus organique prend le relais et propose des playlists personnalisés pour un utilisateur donné.

L’or noir généré par les playlists

Chaque société utilisant et collectant des informations sur ses utilisateurs à un business model guidée par les données. Comme l’indique Forbes, Spotify ainsi que les autres services de streaming précisent dans leurs conditions générales d’utilisation qu’ils peuvent exploiter l’ensemble des données collectées par le mobile de l’utilisateur.

La génération d’une immensité de données grâce aux playlists est donc un enjeu majeur pour les plateformes. Avec des profils d’utilisateurs bien définis, il est possible de proposer des publicités très ciblés. L’exemple de Spotify fait office de modèle. Sur 191 millions d’utilisateurs en 2018, 87 millions ont un abonnement payant. Le part de marché pour la publicité approche les 50% des utilisateurs. Il ne faut pas la négliger.

Les recommandations : pas seulement réservé à la musique

De la même façon que pour la recommandation musicale, d’autres marchés utilisent les algorithmes dans leurs processus.

Netflix utilise aujourd’hui pas moins de 6 algorithmes d’IA pour mettre en avant son contenu de façon pertinente. Tous les critères sont utilisés pour retenir l’utilisateur abonné. On comprend que la recommandation ne permet pas seulement de proposer du contenu sponsorisé, mais aussi de ne pas lasser l’utilisateur avec les mêmes programmes. Du neuf pour ne pas partir.

De la même façon, Amazon utilise des algorithmes IA pour aller plus loin dans la recommandation. Son système de recommandation développé et mis en open source, Amazon va encore plus loin avec un réseau deep learning. L’outil apprendra de lui même et fera ses propres choix sur les articles susceptibles de plaire aux utilisateurs.

Conclusion

L’élaboration d’une playlist a bien évolué pendant ces deux dernières décennies. Nous sommes passés d’une playlist , à une playlist élaborée par nos soins, pour au final se laisser guider par une intelligence artificielle. Nous pouvons prédire que les recommandations issues d’algorithmes d’IA vont être de plus en plus précises au fil des années. De nombreux autres facteurs seront prises en compte. Les playlists proposées seront plus fiables que celles élaborées par son propre ami ! A quoi faut-il s’attendre pour la prochaine décennie ? Et pourquoi pas de la musique spécialement composée par une IA pour nous ?

Infrographie

Graphique des étapes clés de l'évolution de notre playlist

 

Pour approfondir le sujet

  1. TARVIC Cassandre, “Les algorithmes de recommandation musicale : ne bougez pas, on s’occupe de tout”, Maze Magazine, 24/05/2018, https://maze.fr/musique/05/2018/les-algorithmes-de-recommandation-musicale-ne-bougez-pas-on-soccupe-de-tout/ (30/12/2018)
    ⇒ Article très complet expliquant la recommandation musicale faite par l’IA
  2. ALBINI Steve, “Comparaison de l’industrie de la musique, avant et après l’apparition d’internet par Mister Albini”, Les Oreilles Noires, 17/10/2014, http://www.les-oreilles-noires.com/comparaison-de-lindustrie-de-la-musique-avant-et-apres-lapparition-dinternet-par-mister-albini/ (30/12/2018)
    ⇒ Retranscription du discours de Steve Albini, producteur de musique, expliquant l’évolution de l’industrie de la musique avant et après Internet.
  3. MAURIAC Laurent, LATRIVE Florent, “Les cinq fléaux qui frappent l’industrie musicale”, Libération, 06/09/2003, https://www.liberation.fr/evenement/2003/09/06/les-cinq-fleaux-qui-frappent-l-industrie-musicale_444155 (30/12/2018)
    ⇒ Article de journal datant de 2003 qui donne l’ambiance de l’époque sur l’angoisse du piratage musical.
  4. CARTEGINI Jérôme, “Recommandation, playlists : les sites pour découvrir de nouvelles musiques”, Clubic, 02/07/2015, https://www.clubic.com/mag/article-768034-1-top-recommandation-musicale-internet.html (30/12/2018)
    ⇒ Article qui décrit le système de recommandation des principaux sites spécialisés dans le streaming musical (Deezer, 22 Tracks, 8tracks, Stereomood…)
  5. “Démo en studio : l’intelligence artificielle qui compose des morceaux de musique garantis”, Europe 1, 19/09/2018, https://www.youtube.com/watch?v=L3XpGaAPC-s
    ⇒ Un exemple de musique entièrement composée par une IA. Notre futur écoute ?

 

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