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rédigé par Charles Quillard-Smaer

Étudiant en master Entrepreneuriat de Projets Numériques / Com multimédia chez @Orange. Passionné de jeux vidéo et collectionneur. #Numérique #JV

Média En Seine : L’eSport et les médias traditionnels

« l’eSport ». Un mot que les médias traditionnels ont toujours du mal à comprendre. Essayons de comprendre pourquoi un tel clivage persiste alors qu’une cohabitation semble inévitable. Retour sur la conférence : « L’eSport, le nouvel El Dorado ? » à l’occasion de la journée Média en Seine organisée par France Info et Radio France. Un beau titre aguicheur et provocateur.

 

Pour cette table ronde, quatre intervenants ont été invités. Bertrand Amar, pionnier dans le domaine, ancien présentateur d’émissions jeux vidéo au début des années 2000 et aujourd’hui fondateur de la chaine TV autour de l’eSport, ES1. Pierre Alexis, plus connu sous le pseudo DominGo, streameur et animateur radio, correspondant à ce que les médias appellent un influenceur. Fabien Allègre directeur exécutif en charge du développement et de la diversification du Paris Saint-Germain. Enfin, Bernard Gassiat, directeur de la communication du groupe CIC. Ces deux derniers sont présents, car le PSG possède désormais une équipe eSportive et parce que la banque CIC est très active dans l’accompagnement des projets d’entrepreneuriat autour de l’eSport. Cette table ronde fut animée par Didier Si Ammour, journaliste spécialisé sur les médias, qui visiblement, découvrait un peu l’univers du gaming.

 

Bertrand Amar prit la parole en premier afin de revenir sur ce phénomène de l’eSport. Pratique, qui apparaît aux yeux du grand public et des médias que depuis environ deux ans, mais qui existe en réalité depuis de très nombreuses années. Il précise donc que cette discipline s’est développée avec l’arrivée des jeux en réseau, lors de la deuxième moitié des années 90, mais que c’est une pratique encore antérieure. L’occasion pour moi de rappeler que ce qu’on appelle « eSport » correspond à une pratique compétitive, seul ou en équipe, d’un jeu vidéo (pour faire très court).

 

On comprend donc, avec cette définition, que les joueurs n’ont pas eu à attendre l’arrivée d’internet pour s’affronter sur leurs jeux favoris. Qu’il s’agisse des indémodables jeux de combat sur bornes d’arcade, où l’explosion du phénomène Street Fighter II en 1992, a vu les tournois se multiplier notamment au Japon. Ou tout simplement les salles d’arcade, des lieux peu connus aujourd’hui, mais qui dans les années 90 étaient l’occasion pour les joueurs de s’affronter des heures durant. On peut par exemple retrouver des traces des tout premiers tournois officiels de jeux vidéo au début des années 80.

Tournoi sur le jeu Cosmos en 1983, diffusé sur ABC TV

Tournoi à grande échelle sur Space Invaders sur Atari 2600

tournoi Space Invaders

 

 

 

 

 

 

Mais comme le précise Bertrand Amar dans la suite de ses propos, « c’est lors de l’arrivée de Twitch en 2011 que le phénomène a commencé à exploser ». Twitch c’est une plateforme de diffusion de vidéos en direct qui aujourd’hui appartient à Amazon et qui est, entre autres, la principale plateforme de diffusion des compétitions eSportives.

Depuis quelques années et notamment depuis que ces compétitions font de très importants chiffres d’audiences (8000 personnes en physique et 735 000 sur Twitch pour le Barrière Esport Tour 2018 uniquement sur un public français, cf. statistiques Twitch), la question qui revient souvent est de savoir s’il faut diffuser de l’eSport à la télé et si oui comment. C’est pourquoi Bertrand Amar nous parle ensuite de sa chaîne ES1. C’est une chaine de télé proposant des émissions sur des sujets très variés, mais tournant uniquement autour de l’eSport et disponible sur la plupart des bouquets TV en France. Selon lui, l’eSport a totalement sa place à la télé, car cela permet d’élargir grandement le spectre de personnes touchées par ce contenu. « Cela permet de valoriser la communauté des fans et de faire découvrir aux spectateurs télé, ce qu’est l’eSport ».

Cette intervention de Bertrand Amar représente clairement la partie la plus intéressante de cette table ronde. Principalement, car on voit très vite dans son discours que c’est un connaisseur et acteur du milieu qui apporte des réponses avec un œil de passionné et de professionnel.

 

C’est ensuite Bernard Gassiat, directeur de la communication du groupe CIC, qui a pris la parole pour expliquer les actions du groupe dans le domaine de l’eSport. Il explique que la CIC souhaite « être présente aux mutations de la société » et c’est pourquoi ils ont lancé un appel à projets autour de l’eSport et se targuent d’être le premier accompagnateur français des entrepreneurs de l’eSport. En bref, la CIC voit dans ce marché l’opportunité d’acquérir un nouveau type de clients et apporte donc des moyens en ce sens, ce qui est très positif pour le marché. Mais vu des yeux d’un connaisseur et passionné, cette intervention n’a pas grand intérêt.

 

C’est à peu près la même histoire lorsque Fabien Allègre, directeur exécutif en charge du développement et de la diversification du Paris Saint-Germain, prend la parole à son tour. Il explique que le PSG souhaite être « le club de foot du XXIe siècle » et qu’il considère « l’innovation comme valeur », des raisons qui ont poussé le PSG à ouvrir leur club PSG eSport et à recruter des joueurs et équipes afin de les professionnaliser. Encore une fois, c’est très positif pour le marché que des structures comme le PSG s’investissent afin de professionnaliser et d’apporter des moyens à l’écosystème.

 

Enfin, le dernier à prendre la parole fut Pierre Alexis, alias DominGo. L’occasion pour lui de revenir sur son parcours et d’expliquer son activité de streameur et son implication dans le domaine de l’eSport. Malheureusement, encore une fois (mais ce n’est pas étonnant de la part d’un média traditionnel), un important manque de sérieux transparaissait à travers les questions que Didier Si Ammour a pu poser à DominGo. Des questions comme « Mais donc les gens vous regardent jouer ? » sur un ton un peu ironique. Oui, ça fait environ cinq ans que la télé et autres posent cette même question à tous les streameurs ou youtubers qui sont interviewés et apparemment ils n’ont toujours pas compris. Ou encore « vous êtes donc ce qu’on appelle un influenceur ? », etc. Bref, encore une fois c’est bien dommage qu’il y ait cette sorte de distance ou d’incompréhension vis-à-vis des jeux vidéo et de l’eSport, mais heureusement c’était quand même loin du niveau qu’on a pu atteindre certaines fois, il n’y a encore pas si longtemps…

 

Enfin, il terminera par mettre quand même tout le monde d’accord en revenant sur une action caritative menée quelques jours avant, en faveur de Médecins Sans Frontières par toute une équipe de streameurs. Cet événement, organisé par Adrien « ZeratoR » Nougaret, consistait à faire plus de 50 heures de live en un week-end par 40 streameurs en simultanés et a récolté plus d’un million d’euros en faveur de la cause de MSF. Juste bravo.

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